Valorisation des données : un nouveau défi structurel

Les données sont devenues un élément fondamental de toute organisation, mais leur gestion du cycle de vie reste complexe. Leur valorisation s’apparente à une quête du Saint Graal, ce qui amène à se demander s’il ne s’agit pas simplement d’une légende.

Les départements data et IT des organisations sont parfois eux aussi victimes des modes. Chaque ère technologique est marquée par une ou plusieurs tendances portées par l’innovation, les évolutions sociétales ou les nouveaux besoins et modèles économiques impulsés par les organisations.

Avec la digitalisation croissante, qui s’est accélérée dans certains secteurs suite à la pandémie de COVID-19, et la présence des données dans les moindres recoins des entreprises, les responsables IT, data et business sont unis autour d’une même question : comment valoriser les données ?

Dans cette quête de valorisation, voire de monétisation, l’analyse des données prend une importance croissante au sein des organisations. Pour y parvenir, les entreprises renforcent leurs capacités analytiques grâce à des technologies comme l’intelligence artificielle. Avec l’émergence de technologies comme le Machine Learning, la science des données est devenue une discipline incontournable, portée par les data scientists.

Cependant, de nombreuses organisations réalisent que la maîtrise de la science des données ne suffit pas à valoriser leurs données. Que leur manque-t-il ? Existe-t-il une équipe idéale capable de mieux comprendre les enjeux métier des données ? Entre conduite du changement et organisation structurelle, comment réussir à fédérer autour des données ?

De la théorie à la pratique

Une simple recherche Google pour « offre d’emploi de data scientist » génère près de 3 millions de résultats. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une simple tendance passagère, le nombre de nouvelles offres d’emploi a diminué de 45 % en 2020, selon Indeed. Cette tendance pourrait s’expliquer par la réduction, voire l’arrêt, des investissements en IA en raison de la crise de la COVID-19.

Ce phénomène s’explique également par des stratégies parfois incomplètes et des besoins mal identifiés, de nombreuses organisations débutant tout juste leur travail autour de la science des données. Le développement et l’utilisation des technologies d’IA en sont encore à leurs balbutiements. Certaines entreprises disposant de data scientists peinent à opérationnaliser leurs compétences.

Compte tenu des volumes de données manipulés par les organisations, des différents réseaux et architectures, il n’est pas impératif de compter un data scientist parmi les experts en données. Pour les entreprises gérant une quantité astronomique de données sur de multiples canaux et une structure complexe, l’expertise d’un data scientist sera précieuse pour modéliser les données, les interroger et réaliser des prédictions. L’une des premières questions à se poser concerne les données et les besoins métier, ainsi que la nécessité d’organiser la structure en fonction du type d’organisation et de sa stratégie de données.

Les entreprises ont également compris que faire appel à un data scientist ne résout pas le problème de la valorisation de leurs données. Cela s’explique en partie par une mauvaise compréhension de l’environnement des données. Un data scientist peut comprendre les données, mais pas leurs finalités, leurs environnements ou leurs applications métier. Prenons l’exemple d’un service marketing travaillant à la mise en œuvre de l’IA pour accélérer le retour sur investissement de son site web.

Les data scientists peuvent développer et implémenter l’algorithme sans tenir compte de cet environnement spécifique et de son comportement ; si le chargement du site web est beaucoup plus long que l’algorithme, la combinaison ne fonctionne pas.

Une approche holistique de la gestion des données

Les données sont devenues un élément fondamental de toute organisation, mais leur gestion du cycle de vie reste complexe. Sa valorisation s’apparente à la quête du Saint Graal, et l’on peut se demander s’il ne s’agit pas d’une simple légende.

Ce Graal existe bel et bien, mais comme dans l’histoire, il faut s’entourer des bons experts en données. Alors, à quoi ressemble ce nouveau tour de table des données ? Pour optimiser et exploiter l’analyse des données, de plus en plus d’entreprises décident de centraliser la fonction analytique au sein d’un seul département et d’une seule équipe.

Parmi les dix tendances en matière de données et d’analytique identifiées par Gartner, l’analytique centralisée, désormais non dispersée entre différents départements métiers, se démarque, avec un rôle de plus en plus important confié aux directeurs des données.

La centralisation de l’analytique résout les problèmes de communication qui peuvent survenir lorsque cette fonction est dispersée au sein d’une organisation, créant autant de silos que de départements ou d’acteurs. Grâce à cette approche centralisée, la gestion des données, de leur cycle de vie et de leur valeur devient un projet collectif, avec le directeur des données comme chef de file.

Passant d’un rôle d’influence avec peu de pouvoir, le directeur des données devient un décideur. Il sera épaulé par des data scientists si nécessaire, des ingénieurs de données et, de plus en plus, par des analystes métier. Ces analystes jouent un rôle essentiel en comblant le fossé entre la théorie des données et leur application pratique, en comprenant les attentes des entreprises en matière de données. Ils fourniront la clé manquante pour exploiter pleinement la valeur des données.

Cette équipe centrale, souvent rattachée aux opérations, travaillera aux côtés des équipes informatiques, de sécurité et de conformité afin de garantir une harmonisation optimale lors de toute valorisation ou transfert de données.

Étude CIO : l’IA et la donnée au service de la transformation des entreprises

La prudence reste de mise concernant le déploiement de l’IA en général. Plus surprenant encore, notre étude révèle que les entreprises hésitent à adopter l’IA générative, voire à transformer l’architecture de leurs données.

Alors que les exemples de POC (Proof of Concept), de projets d’IA et de stratégies axées sur les données se multiplient dans les grandes organisations, l’enquête de notre collègue CIO Online révèle que, plus généralement, ces sujets suscitent peu d’intérêt. 57 % des répondants n’ont déployé aucune IA traditionnelle. Mais le constat le plus surprenant est que l’IA générative ne gagne pas non plus beaucoup d’ampleur. Une grande majorité ne s’y intéresse tout simplement pas, même à des fins de test. Par conséquent, très peu d’entreprises adoptent des approches RAG (Retrieval-Augmented Generation) ou LLM (Large Language Models) open source.

Et le reste suit logiquement. Il n’existe aucun travail sur les données en préparation d’une stratégie d’IA, aucune organisation spécifique, et aucun effort de formation ou de recrutement ! Moins d’un répondant sur cinq prévoit de revoir son architecture de données pour les projets d’IA. Plus de la moitié des entreprises indiquent ne pas avoir entrepris de nettoyage de données ni opté pour un data lake dans ce but. Cela suggère que la situation pourrait ne pas évoluer dans les mois à venir. À moins que, si elles voient le bon côté des choses, les entreprises estiment que leur architecture est déjà suffisamment préparée. Cependant, une initiative et un constat font consensus : la nécessité de protéger les données et l’implication croissante des unités opérationnelles.

Notre étude complète

Les stratégies données et IA sont-elles donc réservées à une très faible proportion d’entreprises ? Ou la prudence est-elle encore de mise après un peu plus de 18 mois d’exploration de l’IA générative, compte tenu de l’émergence de ChatGPT fin 2022 ? Sans parler des coûts importants et des besoins associés à de tels projets, qui nécessitent des ressources informatiques et une expertise considérables, ou de la multiplication des offres. Il faudra probablement encore quelques mois avant que l’utilisation de l’IA et des données ne se généralise dans tous les secteurs et types d’entreprises.

Cette enquête a été menée entre le 10 juin et le 12 juillet 2024 sur le site web de CIO Online. Entre 190 et 379 entreprises y ont participé, selon les questions posées.

Salaires dans l’informatique : les métiers qui rapportent en 2021

En France, les experts en données et cybersécurité sont les plus recherchés. Et la transformation numérique porte ses fruits, selon Robert Walters.

Le cabinet de recrutement Robert Walters présente les principaux résultats de son enquête salariale 2021. En France, malgré un contexte économique et sanitaire incertain, les cadres IT et numériques bénéficient d’un « marché toujours dynamique ».

Dans un contexte de télétravail généralisé, d’augmentation des volumes d’échanges de données et d’extension des surfaces d’attaque en cybersécurité, certains professionnels sont plus recherchés que d’autres. C’est notamment le cas des data scientists et des responsables de la sécurité des systèmes d’information (RSSI).

RSSI, Data Scientists et Responsables de Programmes de Transformation

En France, selon Robert Walters, le salaire brut moyen (hors primes, intéressements et avantages sociaux) d’un data scientist ayant 5 à 10 ans d’expérience varie de 60 000 à 70 000 euros. Il peut atteindre 100 000 euros pour un lead data scientist.

De plus, un RSSI ayant 10 à 15 ans d’expérience peut percevoir un salaire annuel compris entre 90 000 et 120 000 euros, selon la taille de l’entreprise, son secteur d’activité et sa localisation géographique.

À titre de comparaison, un Directeur des Systèmes d’Information (DSI) ayant 10 à 15 ans d’expérience peut gagner entre 95 000 et 140 000 euros.

Globalement, les niveaux de salaire devraient rester stables en 2021, sauf pour certains profils. Les responsables de programmes de transformation digitale sont parmi les plus susceptibles de voir leur salaire augmenter (+10 %) en moyenne. La mobilité externe et l’inadéquation entre l’offre et la demande de compétences profitent à ces profils. Dans le secteur « IT & Digital », 78 % de ces postes sont occupés par des hommes.